Parler « salaire » est un progrès social

Stéphane Guillon et Cyril Hanouna font la une ces derniers temps. Question d’égo, pensez-vous ? Certainement. En attendant, l’angle d’attaque de l’un pour se venger de l’autre fut quelque peu original : dévoiler son salaire publiquement.

L’arme fatale, le coup en dessous de la ceinture, la ligne rouge est franchie. Comment oser attaquer un personnage public dans son intimité ? Le renvoyer à son statut d’homme ordinaire ? En l’occurrence, un homme gagnant très bien sa vie, ce qui contribue à casser un tabou sacré dans le milieu du spectacle : « Nous sommes des artistes, on ne parle pas d’argent chez nous, même si on aime bien en gagner le plus possible ! »

Oui il existe en France, à vrai dire tout comme dans beaucoup d’autres pays, un tabou autour de l’argent. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Une étude récente montre que pour deux tiers des français cela reste encore un sujet sensible, même si deux tiers des français se disent également prêts à en parler ouvertement.

Les mentalités évoluent et c’est tant mieux. Nous vivons désormais dans un monde globalement digitalisé et libéralisé avec tous les avantages et les défauts que cela implique. Un monde dans lequel le droit du travail doit s’adapter brutalement à ces changements disruptifs que tous les Etats subissent de plein fouet.

Dans le même temps, en France, le marché de l’emploi peine à rebondir, ce qui a pour conséquence de menacer nos acquis sociaux.

Le CDI est en train de disparaître peu à peu laissant place à de nouveaux statuts tel que celui d’auto-entrepreneur dont le nombre d’inscriptions a connu une croissance fulgurante ces dernières années et ce grâce à l’avènement de nouveaux modèles économiques rendus possible avec les technologies numériques.

Aux Etats-Unis, le nombre de travailleurs indépendants devrait ainsi dépasser le nombre d’emplois en CDI dès 2020. Ces derniers relèvent donc de plus en plus du privilège, et ça, les entreprises n’hésitent pas à nous le faire comprendre, notamment en mettant en place des politiques d’atteinte d’objectifs agressives pour la plupart de leurs salariés, contribuant à ébranler la noblesse de ce contrat de travail à la base très protecteur.

Alors que reste-t-il aux employés pour défendre leur « bifteck » ?

Résumons : nous sommes un pays historiquement à tendance sociale dans lequel il est mal vu de parler argent et où l’Etat, au travers du droit du travail, est censé veiller sur nous en établissant des règles protectrices de sorte que les employés puissent se concentrer sur des causes plus nobles telles que la reconnaissance de leur productivité ou de leur ingéniosité. Pendant ce temps, la mondialisation et l’avènement du digital imposent de nouvelles règles qui détruisent indubitablement ce modèle économique établi à une époque où l’essor industriel et le plein emploi étaient la norme.

Nous sommes donc un pays qui conserve sa culture sociale tout en détruisant son système social.

Les employés se rapprochent du statut de prestataire et devraient logiquement, tout comme ces derniers, mettre la rémunération de leurs services au cœur de leurs préoccupations.

Il ne s’agit donc pas de parler argent pour frimer devant les collègues mais plutôt pour défendre son intérêt et donc le leur par la même occasion. A l’ère de l’économie collaborative où nous nous entraidons mutuellement en donnant notre avis un peu sur tout, pourquoi finalement ne pas comparer nos salaires ?

Après tout, les premiers bénéficiaires du tabou de l’argent ne sont-ils pas les employeurs à qui cela permet de niveler les salaires vers le bas ?

Si à postes et résultats égaux, une responsable marketing réalise qu’elle gagne moins que son homologue masculin, comment un manager pourrait-il justifier cela ?

De la même manière, un sales qui atteint ou surpasse ses objectifs mais qui gagne moins que son collègue d’en face qui n’a pas fait mieux que lui, ne devrait-il pas demander à son manager une augmentation reflétant la valeur effective de son travail ?

Si des employés améliorent leur valeur ajoutée auprès de leur entreprise, il devrait être normal et naturel pour ces entreprises de redistribuer plus équitablement leurs revenus à ces mêmes employés d’autant plus qu’elles ne se privent pas pour militer contre les charges sociales et patronales qu’elles subissent.

Oui, parler salaire avec ses collègues est un progrès social, mais un progrès social dans le monde économique du 21ème siècle, celui qui a vu Uber défoncer la législation française d’un simple coup de bélier et qui ne laissera aucune chance individuellement aux CDI survivants de demain.

Face à cette menace grandissante, la valorisation de notre parcours reste le meilleur moyen de nous protéger, il semble que ce soit le sens de l’histoire, et cela ni Stéphane Guillon, ni Cyril Hanouna, tous deux sous-traitants de leur chaîne respective, ne pourront le contredire.

Martin Dimet, fondateur de Deepfish, la première place de marché sélective pour les sales en startup www.deepfish.co

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